RésuméCet article développe une approche épidémiologique du discours rituel en prenant appui sur la comparaison de trois genres de chants rituels amazoniens (Wayana, Sharanahua, Ingarikó). À l’encontre de perspectives essentialistes ou classificatoires, nous n’essayons ni de définir des propriétés inhérentes à ces chants, ni d’établir des types idéaux de leurs contextes rituels (initiation, chamanisme, prophétisme). Nous partons au contraire de l’idée que les traditions rituelles sont composées d’éléments hétérogènes dont les degrés de stabilité sont variables et sur lesquels agissent divers facteurs qui permettent d’expliquer, au moins partiellement, pourquoi certains chants rituels se sont propagés et stabilisés sous leur forme actuelle plutôt que sous une autre, dans le contexte d’une transmission orale de la tradition. Nous identifions les différentes procédures (transferts d’ordre, degrés de formalisation discursive, intersémioticité et inscription) qui peuvent être utilisées afin de rendre plus stable le contenu des chants rituels. Puis, en partant de l’idée que la diffusion de ces chants est indissociable de leur enchâssement dans une institution, nous décrivons comment les règles de distribution des chants, ainsi que les processus d’attribution d’autorité qui légitiment leur transmission, exercent une influence fondamentale sur la stabilité et la propagation de ces phénomènes culturels. Nous montrons finalement comment la prise en compte de l’ensemble de ces facteurs permet de renouveler la compréhension des innovations rituelles.
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