Il est très difficile à l’anthropologie de rompre tout à fait avec la doctrine du réalisme « métaphysique », selon laquelle les objets observés et décrits manifesteraient une existence indépendante de la connaissance qu’on en prend. Ce dont l’ethnographe parle resterait séparable de ce qu’il en dit. En prenant des exemples dans les récits de voyage, l’article s’efforce de montrer que tout compte rendu d’observation contient nécessairement des composantes inférentielles. Ce qui vaut pour un explorateur du xvie siècle vaut évidemment pour un ethnographe d’aujourd’hui. Il en résulte que l’anthropologie, pas plus hier qu’aujourd’hui, n’est un édifice bâti sur des faits si l’on entend par faits des données ne devant rien à la perspective prise sur elles, non relatives à un langage, observationnel et descriptif, nécessairement contaminé par de la théorie au sens le plus général du terme. De ce constat trivial on ne saurait tirer de conséquences dramatiques.
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