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Dans la première séance annuelle des quatre jlcadémies, le 2^J tvril 18 16- A. l'ëpoque où rAcadémie des sciences reçut de Louis XIV la forme que l'au- guste successeur de ce monarque nous rend aujourd'hui, dans une solennité pa- reille à celle qui nous rassemble , l'ingé- nieux historien de cette compagnie ne se permit qu'avec une sorte de réserve d'exprimer l'idée que les recherches de ses confrères pourraient bien ne pas être toutes aussi inutiles qu'on le croyait de leur temps.\ 1 RÉFLEXIONS Aujourd'hui l'on peut tenir un langage moins timide , ou plutôt il est presque superflu de le tenir.Les succès que l'étude de la nature, de ses ressources et de ses lois , a obtenus récemment, ont inspiré un intérêt géné- ral, et l'on a pris des idées plus étendues du pouvoir des sciences et de leurs services.On les a vu , sinon créer la société , du moins naître et se développer avec elle, lui procurer successivement toutes ses jouissances, quelquefois en transposer de fond en comble les élémensj et de ce quelles ont fait il n'a pas été difficile de conclure ce quelles pourraient faire encore.Jeté faible et nu à la surface du globe, l'homme paraissait créé pour une destruction inévitable ; les maux l'assaillaient de toute part : les remèdes lui restaient cachés ; mais il avait reçu le génie pour les découvrir.Les premiers sauvages cueillirent dans SUR LES SCIENCES.3 les forêts quelques fruits nourriciers quelques racines salutaires, et subvinrent ainsi à leurs plus pressans besoins j les premiers pâtres s'aperçurent que les astres suivent une marche réglée , et s'en servi- rent pour diriger leurs courses à travers les plaines du désert : telle fut l'origine des sciences mathématiques, et celle des sciences physiques.Une fois assuré qu'il pouvait combattre la nature par elle-même, le génie ne se reposa plus ; il l'épia sans relâche ; sans cesse il fit sur elle de nouvelles conquêtes, toutes marquées par quelque améliora- tion dans l'état des peuples.Se succédant dès-lors sans interrup- tion, des esprits méditatifs, dépositaires fidèles des doctrines acquises, constamment occupés de les lier, de les vivifier les unes par les autres, nous ont conduits, en moins de quarante siècles, des pre- miers essais de ces observateurs agrestes aux profonds calculs des Newton et des Laplace, aux énumérations savantes des RÉFLEXIONS 4 Linnaeus et des Jussieu.Ce précieux héritage, toujours accru, porté de la Chaldée en Égypte, de l'Égypte dans laGrèce, caché pendant des siècles de malheur et de ténèbres, recouvré à des époques plus heureuses, inégalement ré- pandu parmi les peuples de l'Europe, a été suivi partout de la richesse et du pouvoir : les nations qui l'ont recueilli sont devenues les maîtresses du monde ; celles qui l'ont négligé, sont tombées dans la faiblesse et dans l'obscurité.Il est vrai que, long-temps, ceux meme qui eurent le bonheur de révéler quelques véiités importantes, n'aperçurent pas dans leur entier les grands rapports qui les unissent toutes, ni les conséquences infinies qui peuvent découler de chacune.Il n'aurait pas été naturel que ces matelots phéniciens , qui virent le sable des rivages de la Bétique se transformer au feu en un verre transparent, pressentissent aussitôt que cette matière nouvelle pourrait prolonger pour les vieillards les jouis- l6 RÉFLEXIONS chii une chaîne de montagnes qui leur cachait des contrées immenses d'une fer- tilité prodigieuse.Dans quelques géné- rations, ce pays sera couvert d'un peuple .d'origine européenne, étudiant la nature, révérant son auteur, observant les lois de l'humanité.Mais, tout cela, c'est la pré- cision de 1 astronomie qui l'a rendu pos- sible; et cette précision, ce sont les for- mules de nos géomètres qui la lui ont donnée.Les Cook, les Bougainville, les Vancouver n'eussent pu affronter les gla- ces du pôle ni les écueils de la mer des Indes, et des hommes civilisés n'habite- ràient pas la Nouvelle -Hollande, si les Euler, les Lagrange, les Laplace n'eus- sent pas résolu, au fond de leurs cabi- nets, quelques problèmes bien abstrus de calcul intégral; si les Meyer, les Delambre, les Burkardt, les Bürg n'en eus- sent, avec une patience admirable , dérivé ces longues séries de chiffres qui semblent aujourd'hui commander au ciel même.La physique n'a suivi que de loin l'excm- IQ des forets de l'Amérique, porter les leçons de l'expérience morale et la lumière des arts !Une machine à vapeur sur une voiture dont les roues s'engrènent dans un chemin préparé , traîne une file d'autres voitures: on les charge; on allume, et elles vont seules et en toute hâte se faire décharger à l'autre bout de la route.Le voyageur qui les voit ainsi de loin tra- verser la campagne , en croit à peine ses yeux.Mais qu'y a-t-il de plus surpienaut , et d'où puissent naître un jour des con- séquences plus fécondes, que ce dont nous venons tous d'éti'e les témoins ?Un vaisseau a franchi les mers sans voiles, sans rames, sans matelots.Un homme, pour entretenir le foyer , un autre pour diriger le gouvernail, c'est tout son équi- page.Il est poussé par une force intérieure, comme un être animé, comme un oiseau de mer , voguant sur les flots : cest l'expression du capitaine.Chacun voit combien cette invention simplifiera la navigation de nos fleuves, et tout ce 20 RÉFLEXIONS que l'agriculture gagnera d'hommes et de chevaux, qui reflueront vers les champs; mais ce qu'il est permis aussi d'apercevoir dans l'éloignement, et qui sera peut-être encore plus important, c'est le changement qui en résultera dans la guerre ma- ritime et dans le pouvoir des nations.Il est extrêmement probable que nous aurons encore là une de ces expériences que l'on peut placer dans la liste de celles qui ont changé la face du monde.RÉFLEXIONS problème très-particulier, appartenant à une doctrine beaucoup plus éleve'e et déjà beaucoup plus productive : je veux parler de la théorie des élémens des substances organiques et de la facilité de leurs niétamorplioses, qui a été surtout développée par Lavoisier.Comme les principes immédiats des corps organisés sont à la fois , et peu dif- férons entre eux, et cependant identi- ques de nature dans chaque espèce où on les trouve, quand une de ces espèces manque, une autre y supplée; et, s'il le ,faut, ou crée le principe dont on a besoin en faisant légèrement varier les propor- tions des élémens d'un autre principe.Dans cette nouvelle magie , le chimiste n'a presque qu'à vouloir : tout peut se changer en tout ; tout peut s'extraire de tout.On fait du vinaigre avec du bois, du blanc de baleine avec la chair des che- vaux, du savon avec celle des poissons, de l'ammoniaque avec des rognures de
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