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Je dois exprimer ma gratitude et mes remerciements à Jean-Blaise Grize, à Pierre Livet et à Jean-Claude Passeron pour leurs précieuses remarques grâce auxquelles certaines formulations de ce texte ont pu être améliorées.L'aide de Victor Monnier m'a permis de prendre connaissance des controverses juridiques, de consulter les publications de la Société Jean Bodin et de mettre à jour plusieurs notes bibliographiques.A lui aussi je dis mes sentiments amicaux et reconnaissants.1 J.-Cl.Passeron, La forme des preuves dans les sciences historiques, « Revue européenne des sciences sociales », XXXIX, 2001, n. 120, pp.31-76.Cette question avait été déjà posée dans le livre du même auteur, Le raisonnement sociologique.L'espace non-poppérien du raisonnement naturel, Paris, Nathan, 1991, et dans divers articles publiés dans Le modèle et l'enquête.Les usages du principe de rationalité dans les sciences sociales, Paris, Ed. de l'EHESS, 1995, et dans Le modèle et le récit, Paris, Ed. de la MSH, 2001. Giovanni BUSINO LA PREUVE DANS LES SCIENCES SOCIALESrentes, du fait même qu'elles dosent différemment des méthodologies de la preuve hétérogènes entre elles, ne pouvant que les associer dans un raisonnement naturel pour les faire « converger » sémantiquement.Les descriptions y sont inévitablement « inachevées », toujours susceptibles d'être enrichies ou reprises dans un autre lexique et une autre grammaire; les procédures probatoires y différent donc, par leur définition épistémologique du « dire vraie », de celles qui ont cours dans les disciplines formelles ou expérimentales.Les langages protocolaires qui peuvent être utilisés dans les sciences sociales sont donc locaux, sectoriels et contextualisés, parce que les paramètres et les variables ne peuvent y être isolés et contrôlés, ni comme les définitions d'une logique formelle ou d'une axiomatique, ni comme les concepts expérimentaux permettant la description entièrement définie d'une série d'observations: ils ne se prêtent à la quantification que par l'autonomisation momentanée de leur sens opératoire par rapport à leur sens contextuel.Dans la descriptions du « cours du monde historique », que Passeron distingue ainsi du « cours historique du monde » 2 , la démonstration formelle de forme logiquement ou mathématiquement « pure », le raisonnement expérimental à visée nomologique, de même que -et pour la même raison -le recours à une herméneutique universelle, ne constituent pas le ressort principal de l'administration de la preuve ou de la construction des évidences.Ces démarches occupent, certes, une place, irremplaçable, dans les opérations d'un ensemble auquel elles doivent être restituées pour prendre tout leur sens empirique, c'est-à-dire pour formuler des assertions scientifiques -susceptibles d'être dotés de plus ou moins de « véridicité » -sur le monde réel des déroulements historiques.Suffit-il, à l'encontre de cette thèse, de faire valoir, comme on le fait depuis longtemps, que les « objets » de la plupart des sciences de la matière ou de la vie, comme la géophysique, la paléontologie, la cosmologie et la biologie 3 , sont, elles aussi, inscrites dans le temps et dans l'espace, qu'elles sont les produits d'enchaînements complexes, d'événements divers et singuliers, non reproductibles, et dont l'élucidation ou l'explication dépendent des variables contextuelles?Faut-il rappeler, en outre, que le contexte n'est jamais constant lors de l'interprétation des corrélations, des variations concomitantes et d'autres analogies, qu'il délimite le domaine d'application des théories explicatives et les rend provisoires?En outre, les énoncés, dans n'importe quel système symbolique, véhiculent des abstractions dissociées, des renvois directes ou connotatifs à des éléments concrets de l'expérience sociale.Dès lors l'allongement des questionnements, des interprétations, les intégrations des concepts dans des réseaux d'énoncés abstraits et l'absence de 12 GIOVANNI BUSINO 2 Sur cette distinction cf.J.-C.Passeron, Statistique et dynamique.Caractériser, expliquer, comprendre le changement, « Revue européenne des sciences sociales », XXXVI, 1998, n. 110, pp.199-263, mais également du même Logique et schématique dans l'argumentation des sciences sociales, Ibid., XXXV, 1997, n. 107, pp.169-196.8 Pour en savoir davantage lire de L. Quéré, La validité de l'argument naturaliste en sciences sociales, in L'argumentation.Preuve et persuasion, Paris, Ed. de l 'EHESS, 2002, pp.93-117.9 Une publication récente fixe, de manière magistrale, les contours de cette problématique.Voir P. Livet et R. Ogien (éds.),L'enquête ontologique: du mode d'existence des objets sociaux, Paris, Ed. de l'EHESS, 2000, coll.« Raisons pratiques, n. 11 ». 10 Il y a quelques tentatives déjà faites à propos de l'œuvre d'un chercheur particulier.Par exemple, les preuves apportées par Margaret Mead dans ses enquêtes sur les mœurs et la sexualité en GIOVANNI BUSINO 14 Sextus Empiricus, Pirroneion hypotyposeon libri tres, II, 104, 135.15 Pour un exposé complet de toute la question.cf.P. Butti de Lima, L'inchiesta e la prova : l'immagine storiografica, pratica giuridica e retorica nella Grecia classica, Torino, Einaudi, 1996 et A. Giuliani, Il concetto di prova.Contributo alla logica giuridica, Milano, Giuffré, 1971.
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