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La crise économique actuelle nous offre une bonne occasion pour comparer les systèmes archéologiques en France et en Angleterre (à la suite d'une comparaison européenne entreprise en 2010). Si la crise et ses impacts sont bien réels, on sait aussi que l'évocation du mot 'crise' sert de mantra ou d'élément de langage pour favoriser ou retarder diverses décisions économiques ou politiques. Par ailleurs, tant la France que l'Angleterre ont leur traditions bien distinctes et leur dynamiques propres en matière d'archéologie, notamment pour ce qui concerne l'archéologie préventive ou de sauvegarde, entreprise dans le cadre de la convention de Malte (1992). Prenant tout ceci en compte, l'impact de la crise sur l'archéologie est manifeste sur trois registres principaux, présentés et discutés ici à tour de rôle. Pour ce qui est de l'emploi archéologique, la chute du secteur de l'aménagement en Angleterre a menés les opérateurs de l'archéologie commerciale à licencier plus de 20% de leur personnels (de 4036 en aout 2007 à 3225 en avril 2011): une réduction sévère qui a accolé à l'archéologie anglaise la réputation d'être une discipline 'canarie', indicatrice de récession. En France, l'emploi archéologique semble avoir été moins affecté: divers plans de relance et le statut d'emploi public ont contrecarré les dérives du marché. Dans le secteur de la recherche et de l'enseignement, les divergences entre archéologie préventive et programmée se sont accentuées, notamment lorsque nombre d'opérateurs ont réduit leurs publications et investissements scientifiques, trop couteux et pas assez valorisés par les aménageurs. Par ailleurs, le monde de l'université et de la recherche s'enlise dans 'l'économie de la connaissance' avec ses visées d'employabilité et d'outputs commercialisables. Si en France les réformes LRU, les plans Campus et l'adulation des classements internationaux datent d'avant la crise, en Angleterre les réformes du système universitaire – triplement des frais d'inscriptions annuels jusqu'à 9000£, les étudiants devenant des consommateurs qui choisissent des universités en concurrence commerciale – datent de 2010. Dans les deux cas, l'avenir de disciplines telles que l'archéologie, et les sciences humaines en général, reste incertain. Peut-être le plus inquiétants sont les reformes et 'allégements' proposés, en vue de la crise, dans le registre de la gestion et la législation du patrimoine archéologique. Tant les obligations déontologiques des archéologues praticiens que les responsabilités des états sont engagés dans telles réformes. Délibérément ou par mégarde, obéissant à des considérations ponctuelles ou à des enjeux de fond, ces modifications risquent de mener à des régressions dans la protection et la valorisation du patrimoine archéologique. En Angleterre, des coupes budgétaires sans précédent ont lieu au niveau central (ainsi l'agence English Heritage perd 32% de son budget et licencie 200 professionnels) mais aussi auprès des autorités locales, qui se voient forcées de réduire leur capacités de prescription et de contrôle archéologique. En même temps, le cadre législatif se voit réformé à la hâte, avec un National Planning Policy Framework qui ne laisse à l'environnement historique que 3 pages, trop générales et sans mesures véritables de supervision et de planification scientifique. En France aussi les appels à 'simplifier' et 'alléger' les procédures se multiplient, mais trop souvent au détriment de leur finalité, qui est de promouvoir l'intérêt général. Il en va ainsi pour le patrimoine historique, monumental et urbain, et aussi pour l'archéologie. Mis à part des réductions de délais (dommageable surtout pour les services prescripteurs), il a été récemment proposé que les aménageurs/maîtres d'ouvrage puissent se faire assister dans leur démarches archéologiques non pas par les services compétents de l'état, mais par des prestataires commerciaux, comme … en Angleterre. Ainsi, au terme de cette comparaison transmanche, il est clair qu'il nous faut en premier lieu rester solidaire de nos collègues anglais dans leurs grandes difficultés, mais aussi qu'il nous faut assurer que les atouts du système français ne soient pas évincés au profit d'un néolibéralisme néophyte d'inspiration anglo-saxonne.
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