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La localisation dans une des îles du banc des Kneiss d'un monastère où avait séjourné l'évêque de Ruspe, d'après le témoignage de Ferrand, avait été pressentie depuis le siècle dernier ; mais Ch. Saumagne et L. Poinssot avaient cru pouvoir démontrer, sur la foi des indications de la Vie de Fulgence, que le monastère en question devait se trouver plus près du littoral, sur une bande de terre basse voisine du Ras Yonga. Or, des découvertes significatives effectuées depuis par P. Cintas et L. Feuille avaient permis de revenir à la localisation antérieure et de préciser, en reconnaissant les vestiges du monastère, de quel îlot il s'agissait. Une prospection systématique, réalisée dans le cadre du programme tuniso-français d'étude du littoral de la Tunisie dans l'antiquité, a donné l'occasion de reconnaître l'ensemble du banc des Kneiss - côté terre et côté îles - et de confirmer la localisation du monastère dans l'îlot du milieu (Dzirat el Laboua) de l'archipel des Surkenis, au sud de la grande Kneiss (Dzirat el Bessila). Parmi les pièces nouvelles à verser à ce dossier déjà ancien, des éléments inédits sont apparus qui mettent en lumière une modification sensible de la configuration du littoral depuis l'antiquité dans ce secteur de la Petite Syrte. C'est ainsi que la présence d'une communauté nombreuse de moines sur un îlot aussi minuscule ne laissait pas de surprendre. En réalité, il apparaît que son étendue a été considérablement réduite au cours des siècles, à la fois par l'érosion des vagues et par le relèvement du niveau de la mer, lesquels, ensemble, sont responsables de sa submersion progressive. Les très faibles profondeurs, inférieures au mètre, qui entourent les îlots de l'archipel des petites Kneiss, donnent à penser qu'ils représentent en fait les restes d'une île unique qui dans l'antiquité était encore suffisamment étendue pour être le siège d'un grand monastère. D'ailleurs, divers portulans du Moyen Âge et de la Renaissance, signalés par d'Avezac, mentionnent une île seulement à l'emplacement des îlots d'aujourd'hui. L'expression arabe de Surkenis (le mur de Kneiss) pourrait se référer à une situation ancienne où ces îlots constituaient une même île de forme allongée. C'est là un cas exemplaire où les données croisées de l'histoire et de la géomorphologie permettent de mieux replacer les sites archéologiques dans leur environnement naturel - plus changeant qu'on ne croit ordinairement - tout en donnant à l'analyse de ces modifications en cours des repères utilement datés.
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