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Ni territoire de chasse ni coin de cueillette, les grivières, pourtant, participent des deux géographies à la fois : de l'une, elles ont l'étendue — l'ostensible —, de l'autre les replis — l'indicible. Ceci les constituerait en aires de braconnage si un arrêté ministériel n'avait réglementé jusqu'en 1978 l'activité les délimitant. S'y piègent des grives que des hommes âgés vêtus de bleus de travail ramassent et cueillent chaque matin d'automne : pour les manger, aussi et surtout pour les donner à manger. La rusticité du dispositif (lacets en crin de cheval placés à terre ou à la branche) atteste l'ancienneté voire l'archaïsme de cette pratique qui, naturellement discrète, individuelle ou familiale au plus, n'a cependant jamais connu la quiétude que donnerait une tradition légitimée non plus que l'indulgence qu'impliquerait une survivance. De tout temps, les grivières ont été pleines de bruit et de fureur : chasseurs, fonctionnaires d'administration puis écologistes ont sans cesse cherché à en limiter sinon à en interdire le droit d'usage. De sorte que les grivières, en Ardennes, sont devenues un lieu d'affrontements sociaux et politiques et, dans l'intervalle de deux saisons, un piège à pensée.
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