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Le terme et le concept de civilisation(s) sont revenus à la mode dans les sciences humaines au cours des deux dernières décennies. Fruit de l’Europe des Lumières, le terme a connu un vif succès en histoire, alors qu’en sociologie et en anthropologie, il a été vite remplacé par le concept très proche de culture. La géographie l’a adopté plus tardivement par le biais des études rurales à travers les « civilisations agraires » et lui a longtemps préféré le concept plus spécifique de « genre de vie », lui-même tombé en désuétude à partir des années 1960. Pierre Gourou a fait des civilisations le concept central de sa géographie humaine, concept qu’il a affiné tout au long de son œuvre. De même, le géohistorien Fernand Braudel a mené une réflexion approfondie sur la dimension spatiale des civilisations, tout en ressentant le besoin de leur adjoindre des concepts connexes. L’ambiguïté, la polysémie, le caractère flou du concept de civilisation ont fait sa fortune en même temps que sa faiblesse théorique. La plupart des géographes l’ont aujourd’hui abandonné, tout en continuant à utiliser ponctuellement le terme et en le conservant dans leurs dictionnaires, mais en lui préférant les termes de culture ou de société. Toutefois, il a été récemment réintroduit en géopolitique par S. Huntington (1996) pour rendre compte des conflits ethniques ou « civilisationnels » de la fin du XX e siècle. Cette approche très controversée, qui tend à essentialiser des entités culturelles juxtaposées sur une carte, ne rend pas suffisamment compte des interférences et influences réciproques entre ces réalités mouvantes au sein desquelles les États-nations continuent à jouer un rôle essentiel.
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