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L’objectif de cet article est de montrer comment le champ de la linguistique légale interroge actuellement la notion de locuteur natif par la remise en question de nouvelles pratiques d’expertise linguistique. Mises en œuvre depuis le milieu des années 1990 dans divers pays (Angleterre, Suisse, Australie...), elles visent à déterminer l’origine nationale de demandeurs d’asile dont on présume qu’ils pourraient avoir fait de fausses déclarations. La notion de l ocuteur natif , qui ne fait pas l’objet d’un consensus théorique en linguistique, se trouve ici convoquée doublement i) le locuteur natif est idéalement, du point de vue gouvernemental, un être monolingue dont l’origine géographique est identifiable au travers d’indices discursifs de plusieurs ordres (phonétiques, de contenu). Les “Guidelines for the Use of Language Analysis in Relation to Questions of National Origin in Refugee Cases”, publiées en 2004 par des linguistes de formation universitaire (Language and National Origin Group), visent à reformuler cette demande politique de façon scientifiquement acceptable pour la linguistique légale ii) le locuteur natif est également celui dont on requiert l’expertise dans ces procédures d’identification, en concurrence directe avec celle du linguiste universitairement formé. Or, certains des signataires des Guidelines s’opposent explicitement au recours au natif comme expert dans les tribunaux d’asile : il serait le représentant d’une connaissance profane et non savante, laquelle serait la seule légitime dans le cadre de la linguistique légale.
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