Villes et campagnes tunisiennes se sont considérablement modifiées dans les deux dernières décennies. Une circulation accrue (camionnette, transistor, école, monétarisation...) a favorisé l'urbanisation des campagnes où se sont multipliées les petites villes à croissance démographique rapide. Les retombées de l'émigration et du tourisme, l'industrialisation, l'extension des ceintures maraîchères à la périphérie lointaine des grandes villes, la montée de la civilisation des loisirs ajoutent de nouveaux signes urbains en milieu rural. Cette modernisation a exacerbé la demande en biens d'usage et de consommation au sein d'une population rurale marginalisée par la croissance économique réalisée. De larges territoires de la Tunisie intérieure sont déshérités et l'exode vers les villes demeure puissant. En conséquence, la part des ruraux dans la population urbaine est loin d'être négligeable quoiqu'elle ait été considérablement exagérée. L'espace urbain a été transformé avec taudification des vieilles villes et, en périphérie, extension démesurée de lotissements plus ou moins spontanés. Parallèlement, une nouvelle économie, à forte base non structurée, se met en place: plus du quart de l'emploi urbain est réalisé par le secteur non structuré qui dépasse même 50% de l'emploi dans une soixantaine de villes... Une nouvelle société, ni urbaine, ni rurale, formée pour une large part de « néocitadins » s'installe dans les villes tunisiennes. Il conviendra, rapidement, de canaliser les aspirations de ces néocitadins tandis que des interventions de grande ampleur sont nécessaires dans l'arrière-pays si les pouvoirs qui sont installés en ville ne veulent pas que la croissance qui s'y est amorcée soit brisée par l'afflux massif de ruraux.
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