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Dans le cloître de l'abbaye de Silos, l'un des piliers d'angle sculptés dans la première moitié du XII e siècle (fi g. 1) présente sur une de ses faces une composition fameuse.Trois hommes adultes marchent l'un à la suite de l'autre, pieds nus, ou plutôt, deux hommes suivent un personnage de stature plus imposante que la leur, dans lequel on reconnaît aussitôt le Christ nimbé.Sa longue tunique et le manteau qui la recouvre en partie s'apparentent aux vêtements alors portés par les hommes d'un certain rang.Ils contrastent avec le modeste bonnet côtelé qui lui enserre les cheveux, et à ce détail inédit s'ajoutent le bâton, appuyé sur l'épaule et qu'il tient fermement des deux mains, et la besace portée en bandoulière, que des coquilles bien visibles ornent sur le rabat et aux extrémités de la courroie surimposée aux bordures latérales (fi g. 2) 1 .Le ciseau du sculpteur * Je n'aurais pu mener cette recherche sans l'aide précieuse du Père Louis-Jacques Bataillon qui m'a fourni bien des références de textes de sermons, et de Claire Bonnotte, à qui je dois le signalement de plusieurs des images ici présentées, et avec qui j'ai longuement échangé sur les interprétations, en textes et en images, de la péricope d'Emmaüs.Je souhaite exprimer à l'un et à l'autre ma plus vive gratitude, et aussi à tous ceux qui ont entendu en divers lieux cette présentation et qui l'ont enrichie de leurs observations et de leurs questions.1. Sur cette sculpture, voir en dernier lieu C. Pellistrandi, Le Christ de Silos, Paris, Mame, 1995.Une recherche approfondie sur l'histoire des représentations médiévales du pèlerin dans les manuscrits et dans les décors monumentaux de l'Italie méridionale a été menée par M. Gargiulo, « L'iconografi a del pellegrino », dans Tra Roma e Gerusalemme nel Medioevo.Paesaggi umani ed ambientali del pellegrinaggio meridionale, Atti del Congresso internazionale di Studi Università di Salerno (26-29 ottobre 2000), a cura di M. Oldoni, Salerno, P. Laveglia editore, 2005, t. 2, p. 435-487.À propos du vêtement, voir en particulier son commentaire des miniatures de la Chronique de San Vincenzo al Volturno (BAV, Barb.Lat.2724, 1115-1124) qui représentent trois nobles pèlerins se rendant à Rome et échangeant, en signe de conversion, leurs robes longues contre les vêtements courts de pauvres rencontrés en chemin (p.450, et fi g. 11) ; elle observe en outre que le bonnet conique reproduit un modèle bien attesté dans l'antiquité gréco-romaine (pileus, frigium, tiara) ; sur les nombreuses références à l'utilisation qui en a été faite comme attribut du voyageur sur cette terre (tel Ulysse) ou dans l'au-delà (en particulier Orphée), ou comme signe identitaire des peuples orientaux, mais aussi, à Rome, des esclaves libérés, ou encore, dans les pratiques sociales, comme couvre-chef communément porté par les paysans, les marins et les bergers, ibidem, p.
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