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/AbstractDans plusieurs ouvrages critiques récents, divers commentateurs semblent avoir des opinions contraires quand il s’agit de décider si L. V. Shcherba (1880-1944) sépare les niveaux linguistiques dans sa théorie phonémique. Avanesov, Halle, Schogt et Reformatskii suggèrent que Shcherba traite la phonologie d’une manière autonome, alors que Panov et Milivojević pensent le contraire. Toutes ces conclusions qui semblent contradictoires demandent quelques explications. Le but de cet article est de reexaminer les vues théoriques de Shcherba quant à la séparation des niveaux, ainsi que sa pratique. Au début de sa carrière (à partir de 1904) Shcherba met l’accent sur la composition phonétique du mot et la fonction du phonème dans la distinction des mots. Shcherba est surtout intéressé par l’habileté de l’auditeur à interpréter la suite de sons qui constitue le message linguistique. Il nous apparaît donc comme un phonologue syntagmatique et un partisan conscient de la phonologie autonome. Dans ses travaux ultérieurs (à partir de 1931) où il discute de la notion de système dans le langage, et plus particulièrement la relation de la phonologie aux autres niveaux linguistiques, Shcherba semble Lésiter à intégrer la phonologie avec la "grammaire." Finalement dans un ouvrage aussi récent que la grammaire de l’Académie (1952) Shcherba, avec son disciple Matusevich, affirme que les phonèmes "ne sont étudiés ni en syntaxe ni en morphologie." Le rôle des critères non phonologiques dans la théorie de Shcherba est montrée plus clairement par un bref examen de trois problèmes: le traitement des jonctions; la théorie du syntagme; et l’identification de certains phonèmes en sorabe (serbe de Lusace) et en français. La morphologie et la phonologie sont très peu intégrées dans son traitement des deux premiers problèmes. Et le rejet par Shcherba de sa propre analyse mor-phophonémique du français (œ) suggère que les critères morphologiques ne s’appliquent pas à sa théorie phonémique. Les raisons de la controverse apparent mentionnée plus haut sont de deux sortes. Panov et Milivojević arrivent à des conclusions erronées et n’expliquent pas leurs remarques. Shcherba lui même, par suite de son insistance à inclure la phonologie dans la grammaire sans raisons solides et usant de terminologie confuse, se prête à ces interprétations fausses qui ont vu le jour depuis.
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