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ILe 31 mai 1783 restera une date intéres- sante clans l'histoire de l'Académie royale de peinture et sculpture.Ce jour-là l'illustre compagnie recevait à la fois dans son sein, pour no pas faire de jalouse, deux femmes, toutes deux ar lis les de talent, M""= Lebrun née Vigée, et M"'' Guiard née Labillc.Ce n'était pas que l'introduction du beau sexe manquât de précédents : sans remonter jusqu'au xvii" siècle, la demoiselle Rosa-Alba Carriera y avait été admise en 1720, M"'" Vien en 1757, M'"'^Terbouche en 1707, la demoiselle Vallayer, femme Coster, en 1770, et la môme année, M"'° Roslin.Toutefois, met- tant un frein à sa galanterie, l'Aca- M. ;lf^ /^, >''J75^ X\ ?)C5(o1 6 ADÉLAÏDE LABILLE-GUIAKD demie, devant cet envahissement, décida, sur l'ordre du roi d'ailleurs, que le nombre des académiciennes ne pourrait jamais dépasser quatre.Malgré des critiques peu bienveillantes et généralement mal fondées, le talent de M""' Labille-Guiard était réel, et son entrée à l'Académie plus que justifiée.Estimée par les artistes ses confrères, distinguée par des princesses de la Maison royale, elle a été éclipsée et comme écrasée devant la postérité par le charme incontestable de sa séduisante rivale, M""= Lebrun, avec laquelle elle a vaillam- ment lutté.11 est temps de lui rendre justice, de reconnaître la belle tenue de ses ouvrages, la fraîcheur de leur coloris et la décision de leur exécution que tous les contemporains ont constatées.M. de Nolhac parle de faire descendre certains de ses portraits des attiques du château de Versailles oii ils sont relégués ; les conservateurs du musée du Louvre seraient également bien inspirés de mettre mieux en lumière tel pastel de l'artiste, vraiment trop sacrifié dans la pénombre obscure où l'on a peine à l'apercevoir, et sa mémoire y gagnerait, d'accord en cela avec l'agrément du public.Peinture de femme, diront dédaigneusement certains censeurs moroses qui n'admettent pas que le beau sexe puisse avoir du talent.Passe encore pour la miniature !N'est-ce pas Ruskin qui a écrit que jamais une femme ne pourrait bien dessiner?Le paradoxal apôtre de la beau té oubliait sûrement alors M'^'^^Vigée-Lebrun et Labillc-Guiard.Rivales en leur temps à cause de la similitude de leurs ouvrages, une comparaison s'impose entre les deux artistes, également bien douées.Sans doute, M'"° Lebrun arrive devant noiis avec tout l'éclat de sa renommée et la longue suite de portraits des dames de la Cour et des princesses de la famille royale que domine l'imposante image de la reine Marie-Antoinette, peinte et repeinte par son artiste favorite.M""' Guiard lui oppose ses beaux pastels, ses grands portraits de Mesdames de France, filles de Louis XV, celui de M""^Elisabeth, enfin nombre de figures d'artistes ses contempo- rains et d'hommes politiques de la Révolution.Elevée dans l'atelier de son père Louis Vigée, recevant tour à tour les conseils de Briard et de Doyen, et surtout affinant ses dons naturels dans l'étude constante de la nature, M'"^Lebrun devint rapidement la portraitiste à la mode, devant qui défilèrent les plus jolies femmes de son temps; mais elle ne fut que peintre et ne fit guère de pastel qu'à la fin de sa vie et comme distraction.^[me Guiard s'est montrée moins exclusive.Initiée par LaTourMartin, son épouse'.Labille, fournisseur de la Cour et de ]a ville, « Rue Nciifve des Petits-Champs, A la Toilette », était une manière de personnage dans un temps oti les fanfreluches, les rubans, les den- telles et tous les attifets de la mode jouaient un si grand rôle dans la société.Pajou, son grand ami, a fait son buste, qui figure au Louvre, s'il vous plaît, faisant ainsi passer à la postérité les traits accentués du père de notre artiste.A la recherche d'un modèle pour sa Psyché, le sculpteur aurait pu rencontrer, dans son atelier de modistes, le fm profil d'après lequel il fera son chef-d'œuvre.Bachaumont, à la date de juin 1783, parlant de la réception de M™" Lebrun et de M""" Guiard à l'Académie, ajoute en effet : « Celle-ci est une demoiselle Labille, fille du marchand de modes chez lequel M'"° Du Barry a demeuré dans sa première jeunesse, ce qui forme un épisode curieux des anecdotes de cette dame.» Les Goncourt constatent aussi le passage de la demoiselle Lan- çon, la future favorite, alors simple trottin, dans le magasin de Labille ; mais ne commettent-ils pas deux inexactiludcs en le plaçant rue Saint-Honoré et en donnant Labille comme «. frère de la femmepeintre », alors qu'il était son père?Suit, dans leur livre sur IM™'' Du Barry, une description imagée de ces magasins tout en vitres, oii de charmants désœuvrés, de jolis seigneurs lorgnent du malin au soir, oii les fermetures laissent passer, par le trou des chevilles, des billets plies en éventail, etc.. Sans insister autrement sur la fantaisie coutumière à ces écrivains, on peut supposer un entourage jeune et gai pour Adélaïde Labille, dans le temple de la broderie et du ruban.Ce qui frappe les yeux de l'enfant n'est pas sans influence, on l'a constaté maintes fois, sur une âme d'artiste et ses destinées futures.La jeune Adélaïde n'at-elle pas puisé dans ces premières impressions son goût du costume 1. Cet extrait de baptême, joint aux pièces nécessaires pour recevoir une pension du roi, nous a été obligeamment communiqué par M. Marc Furcy-Raynaud, avec beaucoup d'autres documents.Archives Nationales, 0'677 : Extrait du registre des baptêmes faits en l'église paroissiale de Saint-Kustache, à Paris : » L'an mil sept cent quarante-neuf, le samedi douze avril, fut baptisée Adélaïde, née d'hier, fille de Claude-Edme Labille, marchand-mercier, et de Marie-Anne Saint-Martin, son épouse, demeurant rue
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