Ayant l'intention de décrire quelques cránes du plus grand iiuérét au point de vue patholoi^ique, conserves au Musée de La Plata et au Musée National de Buenos Aires, je crois qu'un aper(;u sur la trépanation, opération a laquelle on serait disposé á attribuer á premiére vue les lésions crániennes dont je parlerai, ne sera pas superflu pour mettre le lecteur, qui n'est pas au courant de la littérature qui existe sur cette question.en demeure de juger des cas curieux que je releve.Je m'efFor- cerai de présenter ici succinctement les points les plus importants relatifs á la trépanation préhistorique.Des descriptions plus ou moins détaillées de cette opération se trouvent dans tous les traites de rhistoire préhis- torique, ainsi que dans les mémoires spéciaux de la littérature de tous les pays.Je citerai dabord les travaux de MM.Assezat et Collineau', Atlee", barón de Baye^, Bertillon'', Buckland'% Buschan^, Fletcher'', Hornes*, Horsley^, Le Barón'", Marignan", marquis de Nadaillac'^, Oettinger'^, Quatrefages"*, Reinach '% Salmón"'.Zaborowski '\ et de deux auteurs anonymes '*•'', de méme ceux de M. le barón de Baye^°, MM.Broca ^', Fletcher", Joly-^de Mortillet"*, marquis de Nadaillac^', Tillmanns^* qui sont dignes d'une mention toute spéciale.Je nai mal- heureusement pas á ma disposition les travaux de MM.Stockwell "', Wyman''' ni celui d un auteur anonyme"'; il me manque également celui de M. Galley couronné, je crois, par l'Académie de Bruxelles.II est possible que j'omette involontairement dans cette énumération l'un ou l'autre de ees auteurs.Toutefois, je ne crois pas qu un travail im- portan!ait été passé sous silence.Voici comment la trépanation préhistorique a été découverte.Voir les notes á la fin de ce travail.Le 28 avril 1873, M. le docteur Pruniéres, de Marvejols', pré- sentait a 1 Association frangaise pour ravancement des sciences, réunie á Lyon, un fragment d'os un peu plus grand qu'une piéce de cinq francs, et travaillé d'un parietal humain.II Tavait extrait de l'inlérieur d'un cráne complet.Ce cráne, recueilli dans un dolmen de la Lozcre, présentait une grande ouverture á bords polis.Les bords de la «rondelle osseuse» sont travaillés et lissés.La rondelle mcme est plus épaisse que la voúte du cráne dans lequel elle avait penetré.M. Pruniéres y vit une amulette analogue á un morceau d'occipital humain de sa collection, qu'il avait aussi extrait autrefois d'un dolmen de la Lozére.Face interne Face externe La rondelle ditc de Lyon (grandeur naturelle) Au commencement de l'année i 874, il répétait ce qu'il avait exposé au siege de la Société d'Anthropologie de Paris', y ajoutant la figure d un cráne (de Cibournios) qui oíVrait trois perforations artilicielles.au moyen desquelles on avait obtenu trois de ees rondelles.Partant des idees émises par le docteur Pruniéres, Broca ^soumit différents cránes néolithiques á l'examen et constata bientót que ion avait aussi perforé artificiellement le cráne sur le vivant.II signalait des cas de « véritables trépanations méthodiques et en quelques sortes chirurgicales» '*.La trépanation préhis- torique était ainsi découverte par M. Broca; il nommait cette opération la «trépanation chirurgicale» '^d ans le but évidemment de la distinguer de la «perforation» de M. Pruniéres, appelée par Broca la «trépanation posthume»*'.Par ees dénominations, Broca faisait ainsi bien ressortir les relations entre I'opération pratiquée sur le vivant et sur le mort.De son cóté, M. Pruniéres continuait á s'occuper vivement de cette ques- tion".Broca, par l'examen du cráne de Cibournios mentionné plus haut, constatait, en outre'', que I'une des ouvertures de ce cráne, dont les bords étaient cicatrisés, devrait étre rapportée aussi á la trépanation sur le vivant, tandis que les deux autres ouvertures avaient été pratiquées sur le mort.Ce cráne de Cibournios montrait ainsi que des cránes trepanes sur le vivant ont aussi été soumis á cette opération aprés la mort de 1 individii, et ont fourni des rondelles ou amulettes crániennes.Les cas d'une simple opération posthume ne font pas défaut non plus, de méme que ceux d'opérations pratiquées á plusieurs reprises sur le méme individu et presque dans toutes les régions du cráne.Voilá les taits fondamentaux de la question.Avant de passer aux détails, je m'occuperai d'abord de la méthode.Les Instruments employés dans cette opération ne pouvaient étre que la pierre ou le silex dans les temps préhistoriques, alors que les métaux n'étaient pas encoré connus.11 ne peut y avoir aucun doute á ce sujet.Dans les temps postérieurs, on constate l'usage de la trépanation jusqu'aux périodes franques et mérovingiennes, oú l'on adopta évidem- ment des Instruments métalliques.On a discute beaucoup sur la maniere dont on opérait avec le silex, mais il est plus que probable que Ton n ait jamáis suivi une méthode rigoureusement spécialisée.La distinction si stricte, admise dans la litté- rature franijaise entre le ráclage et le sciage, repose sur une base plutót artificielle que réelle.On ne peut guére mettre en doute que la trépana- tion se pratiquait aussi en faisant éclater simplement la substance osseuse au moyen de la pierre et qu'elle se terminait, soit par le sciage, soit en enfonijant la pierre dans la masse pour la soulever fragment par tVagment.II n'est, á mon avis, pas suffisamment tenu compte de ees différents procedes si simples et si naturels.II est vrai que les cas de trépanation imparfaite, qui permettraient de reconnaítre avec precisión la méthode suivie dans la pratique de cette opération, sont tres rares.Les bords cicatrisés de l'ouverture trépanique laissent difficilement suivre les pro- cedes employés.On attribue cette opération généralement au ráclage.Cette méthode fut préconisée par Broca', des la découverte de la trépa- nation et il la défendit constamment; les enfants, spécialement, ont été ainsi operes ".Broca repousse le procede de la rotation '.II opera la trépanation du cráne d"un adulte sur le mort, au moyen d un éclat de verre, en une heure; celle du cráne d'un enfant, en quatre minutes.II en déduit que tres probablement les enfants seuls devaient étre soumis á cette opération''.II fit aussi la trépanation sur un chien vivant, qui plus tard périt de la maladie des chiens-^Topératicn se fit par le rá- clage, á laide d'un silex de Cro-Magnon, en huit minutes et quart; la dure-mére ne fut pas blessée et la cicatrisation se fit tres bien".Le silex employé n'était pas fraíchement taillé, sinon l'opération aurait été plus rapide encoré, bien que les parois de ce cráne présentassent une épaisseur double de celles du cráne d'un enfant de six ans'.Capitán^a également fait des essais sur des chiens, aussi bien sur le vivant que sur le mort.II obtint des rondelles de chiens vivants qui se sont par- faitement rétablis de 1 opération.Mortillet', partant de l'idée que la trépanation chirurgicale eut pour but renlévement d une rondelle osseuse, émit Topinion «que les plaques crániennes s'obtenaient en coupant ou sciant le cráne au inoyen de süex que Ion promenait, suivant les lignes de la coupure que 1 on voulait pro- duire, en leur imprimant un mouvement successif de va-et-v¡ent jusqu á ce que los du cráne füt traversé».Pour appuyer cette opinión, il cite le cráne portugais de Casa da Moura, de méme qu'un cráne d'un tumulus de Liziéres ; ce dernier a été trepané au moyen d'un instrument métal- lique.L'opinion de cet auteur reste isolée dans la littérature.Diflerents travaux de la littérature frangaise s'occupent exclusivement de rechercher si, dans cette opération, ¡1 s agit spécialement du sciage ou du ráclage.II est assez curieux de voir comment 1 on est arrivé peu á peu á établir une distinction si stricte entre ees deux modes d'opération^.On a cru observer sur un cráne trepané d'un cimetiére mégalithique de Quibéron des Índices des deux modes d'opération '\ Ce cas est cependant absolument douteux, et il est assez vraisemblable que Ton ne se trouve méme pas en présence d un cas de trépanation''.Capitán experimenta les deux procedes sur le mort: les ouvertures trépaniques qu'il obtint pouvaient étre distinguées.II resta vingt minutes á enlever une rondelle d'un chien sur le vivant.La perte de sang fut insignifiante \ La méihode de la trépanation posthume et celie de la préparation des rondelles fut aussi l'objet de tres longues discussions.Al.Pruniéres* iit enfin remarquer avec beaucoup d'insistance que les rondelles avaient été obtenues aussi bien par le sciage (cráne de Beaumes-Chaudes, etc.) que par le ráclage ou méme simplement en les íaisant éclater, et que les procedes employés différaient avec les cas.Les bords des rondelles étaient aussi polis, ce que nous prouve le premier cas de Lyon.On peut aussi reconnaítre que la trépanation sur le mort s'opérait en pratiquant une incisión circulaire oblique pour enlever ensuite la rondelle".L'n cráne d'un cimetiére néolithique de Franca aurait méme été trepané sur le mort par le grattage et le peri^age^.Broca croyait, comme je l'ai dit déjá, que cette opération se pratiquait uniquement sur les enfants.11 invoquait aussi á 1 appui de sa thése la cicatrisation lente des tissus chez 1 adulte, ainsi qu une observation directe qu'il a\'ait faite á cet égard.Le parietal non trepané d'un cráne, avec une ouverture trépanique sur l'autre parietal, était plus dé- veloppé et la suture sagittale était incurvée".Cette thése de Broca est absolument abandonnée aujourd'iiui ; ¡I parait, au contraire, que cette opération se pratiquait plus fréquemment sur des adultes.comme le prouvent les cas de trépanation impartaite.Parmi les exemples d'individus trepanes á dilférentes reprises, je ci- terai le cas de Mureaux'; le cráne a été trepané deux fois sur le \ivant et deux fois sur le mort.Mac Cutchon " cite un cas moderne d un in- dividu trepané cinq fois dans 1 espace de cinq années; et Farquharson ' mentionne un cráne d un mound de Muscatine, Jowa.avec sept ouver- tures trépaniques.Les cas de trépanation imparfaite, da
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