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Ce livre ne parle pas de la mort. N’y a-t-il pas quelque illusion à croire que les historiens puissent avoir prise sur une réalité dont les contours mêmes, mouvants, se sont transformés au fil du temps ? Au Moyen Âge, le trépas ne représenta jamais qu’un moment, ou une étape, dans un système de relations complexes entre l’ici-bas et l’au-delà, entre les vivants et les défunts. Plus que la mort, ce sont d’ailleurs les morts que révèlent les documents qui nous sont parvenus. Cette étude porte donc sur les configurations sociales dans lesquelles le culte des morts s’est trouvé enchâssé. Dans la société coutumière et seigneuriale des XIe et XIIe siècles, les « ancêtres » constituèrent une référence essentielle, et les échanges entre vivants et défunts modelèrent la société. À partir du XIIIe siècle, cependant, dans un monde de plus en plus urbanisé, désormais fondé sur le droit, les morts perdirent la fonction structurante qu’ils avaient eue dans les siècles précédents. Repli des « ancêtres » et découverte de la mort – au singulier : l’auteur s’efforce de cerner la genèse d’une telle mutation. Ce n’est pas le moindre mérite du grand livre de Michel Lauwers que de mettre en pleine lumière le « rôle moteur » de l’institution ecclésiale dans une société qui, sous ses deux formes successives, a étroitement lié les vivants et les morts et a conféré à ceux-ci un rôle social-matériel et spirituel-essentiel. Jacques Le Goff
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