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Deux décennies de travaux sur la Peste noire en Europe et sur la mortalité effrayante qu’elle a causée ont conduit à une ré-évaluation très notable du nombre de victimes. S’il y reste encore beaucoup à découvrir, la mortalité due à la peste noire dans d’autres régions du monde (Proche-Orient, Extrême-Orient, Asie du Sud et Afrique) est, elle, relativement peu étudiée. Bien que nombre de chercheurs aient apporté des contributions significatives à notre compréhension de la mortalité au cours de la seconde pandémie de peste au Moyen-Orient (1347-1844 BC), la mort prématurée de Michael Dols (1977) a fait de ses travaux, à la fois les pionniers et les derniers sur la mortalité durant la Peste noire au Moyen-Orient. Cette étude souhaite relancer ces recherches en abordant la question de la mortalité avec de nouveaux outils. Partant de l’intéressant modèle peste de Keeling et Gilligan (2000) que nous appliquons au nombre de morts enregistrés, modèle que nous avons expérimenté en analysant le cas du Caire dans les années 1400, nous espérons progresser sur cette question en introduisant une nouvelle méthode qui s’appuie sur le caractère typiquement islamique des institutions civiques du Moyen-Orient (institutions qui ont décompté les morts par peste) pour quantifier un phénomène jamais abordé jusqu’à présent (au moins mathématiquement) : celui de la nuée de réfugiés désespérés - innombrables et en majorité ruraux- qui, fuyant la Peste noire, venaient mourir, souvent sans le sou, anonymes et totalement seuls, dans les villes du Moyen-Orient que la plupart d’entre eux n’avaient jamais vues auparavant. Si cette première tentative tient ses promesses, nous espérons être mieux à même de comprendre ce qui semble inexplicable : le nombre astronomique de morts en milieu urbain, qui a rendu toute quantification de la mortalité par peste au Moyen-Orient si difficile.
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