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S’il est une spécificité de la morale des modernes, c’est de s’être construite sur l’exception humaine, sur un ensemble de présupposés qui en assuraient la justification : responsabilité, autonomie, capacité, volonté, libre-arbitre... et sur un certain nombre de figures de l’individu engagé qui l’illustraient : entrepreneur, citoyen, militant... Analysant les évolutions internes de cette anthropologie des modernes sous-jacente à leur manière d’envisager la morale, l’article montre d’abord comment l’humain, placé au sommet de la chaîne des êtres en raison de ses capacités intellectuelles et morales, voit son exceptionnalité progressivement se transformer en responsabilité des désastres de l’anthropocène. Il montre ensuite comment cette évolution interne de nos coordonnées anthropologiques ouvrait en réalité les portes à la sortie progressive de cette exception et à l’émergence de ce que l’article appelle un continuum zoo-techno-anthropologie. D’un côté l’antispécisme, la montée du végétarisme, du végan, de la sensibilité à la souffrance animale, de la propension à prêter aux animaux non humains des capacités qui étaient jusque là réservées aux animaux humains... De l’autre, la banalisation du post- ou du trans-humanisme, de l’intelligence artificielle... qui nous conduit par exemple à nous interroger sur la responsabilité des robots. Une transformation radicale des coordonnées à partir desquelles penser la morale.
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