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L’extrême évidence du rapport que nous entretenons avec notre propre langue est aussi ce qui nous la rend irreprésentable. Son apparente transparence occulte l’altérité imaginaire qui, pour nous tous, hante la langue, mais ne nous apparaît jamais qu’obliquement et dans les tentatives que nous faisons pour l’éviter. Je voudrais explorer les formes mouvantes de cette altérité imaginaire, dont nous essayons généralement de nous débarrasser, tantôt en nous efforçant de la forclore du langage commun, tantôt en l’objectivant en tant que fondation historique, tantôt enfin en l’apprivoisant sous les espèces du style. De là trois attitudes, trois stratégies de relation à l’altérité linguistique, que j’examinerai successivement. La première, d’exclusion de l’hétérogène, est celle du puriste. La seconde, d’intégration réaliste de la différence, est celle de l’apologiste du métissage linguistique. La troisième, réflexive et esthétique, d’appropriation de l’écart, est celle du forgeur de style. Entre ces positions, qui renvoient chacune à une politique de la langue, il s’agit peut-être moins de choisir (encore que la première apparaisse presque purement idéologique, les deux autres ouvrant au-delà de l’idéologie à une véritable pratique de la langue) que d’examiner en quoi elles traduisent une difficulté commune à penser l’identité d’une langue. Effectivement l’altérité imaginaire de la langue pourrait bien n’être rien d’autre que la figure en creux de son « même ». Écart et propriété Je
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