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Communication au colloque « Perception de l'espace : Questions psychologiques et ontologiques », univ.de Liège, 15-16 mai 2007] Je dois d'abord préciser que mon exposé sera délibérément lacunaire.Je n'ai pas d'autre prétention ici que d'exposer pêle-mêle les résultats de recherches que j'ai menées récemment sur la théorie de l'espace de Wundt, sans vous dissimuler ce que ces recherches ont encore d'inabouti et de lacunaire.Je me bornerai donc à indiquer brièvement quelques jalons, et quelques lignes directrices pour d'autres recherches.Inutile de dire que, la théorie wundtienne de l'espace étant d'une extrême complexité et d'une extrême difficulté, je ne prétends pas l'épuiser ni même en donner un aperçu qui soit exhaustif.J'ai utilisé principalement deux textes.D'abord les Grundzüge der physiologischen Psychologie de 1874, qui sont, comme vous savez, l'ouvrage majeur de Wundt.Les analyses consacrées à l'espace se trouvent principalement au chapitre XI consacré aux représentations.Ensuite j'ai utilisé aussi le Grundriss der Psychologie de 1896, en particulier sur la question de la fusion.À côté de ces deux textes, j'ai aussi exploité un certain nombre d'articles que Wundt a publiés dans sa revue, les Philosophische Studien, ainsi qu'un article en français paru dans la Revue philosophique de la France et de l'étranger en 1878, et consacré spécialement à la théorie des signes locaux.Je reparlerai de ces textes en temps voulu.Malheureusement je n'ai pas eu le temps d'étudier sérieusement les Beiträge zur Theorie der Sinneswahrnehmung de 1862, qui sont une œuvre de jeunesse où on trouve la première version de la conception wundtienne de l'espace.Il serait à mon avis très intéressant de comparer les conceptions dont je vais parler à la première théorie de la perception de Wundt, mais c'est un aspect de la question que je laisserai ici entièrement de côté.Je parlerai ici, pour l'essentiel, de la constitution de l'espace visuel par les sensations tactiles, en accordant une place spéciale à la théorie des signes locaux complexes et à la théorie de la double fusion, qui représentent la partie la plus significative et la plus originale de la contribution wundtienne au problème de l'espace perceptif.Cela m'amènera aussi à commenter les prises de position de Wundt dans le débat nativisme-empirisme.L'espace a été un problème majeur de la psychologie de Wundt comme il a été pour toute la psychologie de la fin du XIXe siècle.La raison en est simple : c'est qu'il est particulièrement difficile de rendre compte de la constitution de représentations spatiales à partir d'une conception atomiste et sensualiste de la vie psychique.Ainsi le problème de l'espace concerne l'origine des représentations spatiales.La question est de savoir ce qui est inné et « génétique », ou physiologique et psychologique dans les représentations spatiales, ou encore comment on peut constituer des représentions spatiales, qui sont essentiellement extensives, en prenant pour matériaux des sensations, qui sont essentiellement intensives.Le problème de l'espace est une affaire de représentations.Avant d'en venir à la théorie wundtienne des représentations spatiales, je dois donc dire un mot de la façon dont Wundt conçoit en général les processus représentatifs.Comme vous vous en doutez, cette conception de l'espace défendue par Wundt est une application particulière des méthodes atomistes et naturalistes de la psychologie expérimentale de la fin du XIXe siècle, dont Wundt, comme vous savez, est indéniablement une figure éminente.C'est d'ailleurs le cas tout particulièrement -mais j'y reviendrai -de la reprise par Wundt de la théorie des signes locaux de Lotze, dans ses Grundzüge der physiologischen Psychologie de 1874.Évidemment, cette orientation analytique est en soi un problème, si on estime que cette psychologie n'a pas résisté aux critiques issues de l'école de Graz et surtout de l'école de Berlin -sans même parler de la phénoménologie husserlienne.Néanmoins, un des objectifs que je me fixe ici est de montrer d'abord que l'atomisme sensualiste de Wundt n'est sans doute pas aussi caricatural qu'on pourrait le croire en lisant certains de ses commentateurs ; et ensuite qu'en dépit de cet atomisme incontestablement dépassé, la conception wundtienne de l'espace présente encore un certain intérêt théorique.De manière générale, la psychologie de Wundt est ontologiquement une psychologie d'orientation sensualiste et moniste (d'ailleurs indépendamment de la question du parallélisme psychophysique, qui appartient à une autre sphère de problèmes et qui, à vrai dire, présuppose une perspective moniste).Le point de départ de Wundt est l'idée que notre rapport au monde dans l'expérience externe est seulement le résultat d'associations dont le matériau est donné dans l'expérience interne.En d'autres termes, notre expérience du monde est précédée par une expérience interne qui est la seule expérience immédiate et originaire, et qui se compose ultimement de sensations 1 .Comme vous savez, cette manière de voir moniste a été défendue très largement et dans des contextes très différents.Par exemple c'est en gros le point de vue de Natorp dans sa Psychologie générale, ou encore celui des positivistesavec cependant d'importantes restrictions s'agissant du jeune Carnap.S'il fallait lui trouver des adversaires, on mentionnerait sans doute en premier les psychologies de type dualiste de Brentano et de Husserl.Ou encore l'antipsychologisme de Frege, puisque à la maxime schopenhauerienne reprise par Wundt dans ses Grundzüge der physiologischen Psychologie : « le monde est fait seulement de représentations », Frege oppose dans ses Recherches logiques la maxime : « tout n'est pas représentation » (nicht alles ist Vorstellung), qui signifie l'irréductibilité dualiste de l'objectivité logique à la subjectivité représentative 2 .J'en viens à la conception wundtienne des représentations.Wundt part de la thèse suivant laquelle toute représentation a son fondement, son Grund, dans une stimulation des organes sensoriels.Cette thèse est censée valoir non seulement pour les perceptions, mais aussi pour les rêves et les hallucinations.Même ceux-ci ont pour fondement une stimulation nerveuse, dit Wundt, mais la différence avec la perception réside dans le fait que la perception réclame une stimulation du système nerveux périphérique, tandis que les rêves et les hallucinations naissent de stimulations du système nerveux central.Cette thèse du fondement sensoriel de toute représentation ne doit pas seulement se comprendre au sens physiologique, mais aussi en un sens plus proprement psychologique.Elle signifie que toute représentation est, rigoureusement parlant, une complexion de sensations.Les sensations sont des objets psychiques simples, qui se combinent associativement pour former des représentations.C'est pourquoi Wundt distingue deux moments dans la genèse des représentations.D'abord il y a la sensation, qui est « le contenu le plus originaire de la conscience » (Grundzüge, p. 465).Ensuite il y a la représentation qui résulte de la liaison de sensations.La représentation est donc toujours « secondaire », dit Wundt, c'est-à-dire non originaire.Un point très intéressant ici est que, dans l'optique de
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