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Dans un premier temps, je voudrais rappeler rapidement ce qu'est la génétique, vous dire d'emblée que, d'une certaine manière, la génétique n'est pas une science au sens où l'on dit, par exemple, que la physique est une science et qu'actuellement on confond deux termes qui sont « génétique » et « hérédité ». * L'élaboration historique de la théorie génétique À proprement parler, la génétique n'est qu'une théorie de l'hérédité et non la science de l'hérédité.De la même manière que la théorie du Newton n'est pas la physique mais une théorie de la physique.Dans l'Antiquité, les premiers biologistes avaient déjà remarqué la ressemblance entre les générations et, à cette époque, on appelait justement ce phénomène « la génération ».Le terme « hérédité » n'est, quant à lui, apparu qu'au XIX e siècle.L'objet de la théorie génétique est donc la transmission des caractères héréditaires.C'est une des théories qui existe et a existé concernant le problème de l'hérédité.Elle est historiquement datée, conceptuellement délimitée.La génétique, apparue vers la deuxième moitié du XIX e siècle, faisait rupture avec les conceptions préexistantes alors appelées théories pangénétiques.La dernière des théories pangénétiques formulée fût celle de Darwin.Elle consistait à penser que l'ensemble de l'organisme se reproduit parce qu'il y a des molécules surnuméraires dans tous les organes et que ces molécules migrent vers les parties génitales pour assurer la reproduction.En ce sens, c'est donc le corps dans son entier qui se reproduirait.Cette théorie laissait possibles des influences du contexte organismique et du contexte environnemental, c'est-à-dire qu'elle laissait la porte ouverte à l'hérédité des caractères acquis.157 Jean-Jacques Kupiec est biologiste, chercheur au Centre Cavaillès de l'École normale supérieure (Paris).Il est l'auteur, avec Pierre Sonigo, de Ni Dieu, ni gène.Pour une autre théorie de l'hérédité, Paris, Le Seuil, 2000.* Il s'agit ici de la transcription de la conférence donnée par Jean-Jacques Kupiec dans le cadre des soirées « L'année Dieu » de l'ECF, le 19 novembre 2003.L'Ecole de la Cause freudienne | Telecharge le 22/12/2025 sur https://shs.cairn.info(IP: 77.36.67.56)La première rupture s'est faite avec le biologiste Auguste Weismann qui a proclamé la séparation de la lignée germinale et de la lignée somatique.La séparation de ces lignées implique l'idée que la reproduction s'effectue par des déterminants, les gènes, enfermés dans les cellules germinales et soustraits à toute influence, tant du contexte organismique que de l'environnement.Je fais ce rappel dans la mesure où, parmi les biologistes, règne à l'heure actuelle une très grande confusion.Une récente enquête demandait à dix-huit biologistes de donner la définition du gène.Chacun y est allé de sa petite définition et, du coup, on ne sait plus ce qu'est un gène !C'est une situation très paradoxale.Actuellement, il y a en effet un très grand développement empirique de la biologie mais plutôt une régression au niveau théorique, puisqu'on a oublié les définitions de base.C'est ce que je voudrais raconter rapidement.L'idée de départ de la génétique est que le matériel héréditaire est séparé et qu'il assure la transmission des caractères héréditaires à chaque génération.De par ce fondement, la génétique ne peut être que déterministe puisque ce qui est transmis, le gène, doit reproduire le caractère héréditaire, donc le déterminer.Vous connaissez, vous avez entendu parler des travaux de Gregor Mendel qui ont été redécouverts par un autre biologiste américain nommé Thomas Hunt Morgan.Il a été possible d'identifier, par des techniques statistiques et cytologiques, les déterminants des caractères dans les chromosomes enfermés dans les noyaux.Pendant la première période qui va de 1870 à 1920, tous les généticiens affirmaient un déterminisme très violent.J'ai là les textes d'un livre intitulé La théorie du gène, écrit par Morgan en 1926, dans lequel il explique carrément que le déterminisme dans la relation entre le gène et le caractère est tellement fort que, si l'on fait une modification donnée dans un gène, on induit une modification très précise dans le phénotype.Je rappelle les définitions : le génotype c'est l'ensemble des gènes et le phénotype les caractères réalisés chez l'adulte.Dans ce texte, Morgan suggère que la connaissance des mécanismes de l'embryogenèse est relativement peu importante puisque quand on a le gène, on a la cause, et quand on a la cause, on peut manipuler les effets.Donc, à la limite, il importe peu d'élucider les mécanismes de l'embryogenèse qui se situe entre les deux.Cependant, dès cette époque, Morgan lui-même s'est rendu compte que la relation un gène / un caractère ne tenait pas dans la mesure où l'on a découvert des phénomènes de pléiotropie -on s'est aperçu que quand on touche à un gène, on touche à une infinité de caractères -des phénomènes de multigénie -en sens inverse, de nombreux gènes affectent le même caractère -et des phénomènes d'expressivité conditionnelle à l'environnement.Sont également apparus petit à petit les phénomènes d'expressivité variable qui consistent en une mutation avec une certaine probabilité d'expression phénotypique.En d'autres termes, dans la population, seule une fraction de gens qui portent la mutation expriment le caractère correspondant.Le même Morgan a donc écrit, dans les années trente, un livre qui a pour titre Embryologie et génétique où il dit exactement l'inverse de ce qu'il disait dans La théorie du gène.Il est intéressant de confronter ces deux ouvrages.Dans le second, Morgan explique que, du fait de tous les phénomènes dont je viens de vous parler, il est
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