RésuméLa mondialisation a vu la formation moderne de l’«identité» se complexifier et les débats à la fois politiques et acadé-miques à propos de sa catégorisation s’intensifier. La position centrale de ce concept a récemment fait l’objet de critiques, en anthropologie autant qu’en musicologie: beaucoup suggèrent, de manière convaincante, que nous malmenons notre compréhension de l’égo contemporain et des processus culturels en insistant sur le fait qu’ils se résument à la «construction de l’identité» et à la production de différence. Cette article émet l’idée que la construction de l’identité et la «production de différence» doivent effectivement être considérées comme des processus culturels centraux de la vie urbaine moderne, mais cherche des moyens d’intégrer ces processus à la vie quotidienne des communautés, des corporations et des villes. Cette approche fait ressortir les identités culturelles comme des processus contestés, en constante construction et dissolution. L’activité musicale, dont les significations sont souvent particulièrement difficiles à établir, fournit un point de référence très utile. L’étude de cas entreprise dans cette article concerne Cartel, un groupe de hip-hop germano-turc, dont les propos identitaires très contestés nécessitent une interprétation mêlant plusieurs contextes - la migration dans l’Europe d’après 1989, la world music dans l’industrie musicale, l’islamisme turc et la transformation d’Istanbul en ville-monde.
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